Culture, Géographie, Histoire

Traversée 2, « THE ROCKIES » (2015)

Traverser les Etats Unis, c’est un peu refaire la route des pionniers.. mais il ne faut rien exagérer car cette fois c’est tout confort dans une « américaine », sans risque de croiser des Indiens chasseurs de scalps derrière le moindre sequoia.. C’est néanmoins toujours marcher (rouler) dans les traces de la conquête… Alors tout bien pesé, cela ne serait qu’une affaire de kilomètres et il faut profiter au mieux des paysages traversés. Le choix d’un itinéraire n’est pas si évident au premier abord : la Lincoln highway au nord ? (Times Square, New York à Lincoln Square, San Francisco), la Route 66 au centre ? (cf. notre article Traversée 1, Road 66 (2012), trouver un nouvel axe qui nous fasse basculer d’un monde à l’autre : du nord au sud, Boston / Miami, Seattle / San Diego ou de l’est à l’ouest, Miami / San Diego ? Eh bien, cette fois ce sera un remix de voyages passés entre NYC et LA !

Etape 1 – New York, la magique cité dont on ne se lasse pas de parcourir les avenues le regard en l’air à scruter les facades de verre dans un éternel étonnement devant autant d’audace de la part des bâtisseurs. (Remember the picture « Lunch atop a skyscraper » de C. Ebbets où l’on voit une rangée d’ouvrier perchés sur une poutre en train de prendre leur casse-croûte). Big Apple n’est pas ville à saturer la soif de découverte de ses admirateurs …

Détour par le Whitney museum, épicentre de l’art du 20° siècle et contemporain aux USA (99 Gansevoort Street, NY) pour une exposition intitulée « America is hard to see » ; Hopper, Ruscha, de Kooning, Basquiat et tant d’autres : 23000 oeuvres répertoriées, 3500 artistes dans la base de données…

https://whitney.org/

Dans un pays tout entièrement tourné vers le ciel, il est bon de temps en temps de prendre la mesure des heures en voyageant différemment. Le train aux Etats Unis est parfois incongru, souvent confortable et joyeux. La clientèle différente de celles des aéroports : retraités, familles, Amish (qui ne prennent pas l’avion par superstition), réfractaires au modernisme de tous poils… Le « Lake Shore Limited » d’Amtrak relie New York Central à Chicago en 18 heures…

Etape 2 – Chicago, ville d’architectes, Vénise de l’Illinois, terre contrastée de jazz et de sidérurgie. Ville meurtrie par une jeunesse de banlieue désespérée de ne pas trouver sa place dans l’eldorado de Downtown, du Loop, de Lakeview ou de Northside. Invraisemblable melting pot de populations attirées alors par la Manufacturing Belt : irlandais, italiens, polonais, allemands, estoniens, coréens, espagnols, portugais, grecs, vietnamiens, juifs, ukrainiens, turcs, chinois, la ville est aussi le point 0 de la route 66 et de l’ouverture vers les grands espaces.

Etape 3 – Fini les grands lacs, bienvenue dans les montagnes du Colorado (ou si proche), car Denver se blottit au creux des Rocheuses des Indian Peaks au Mount Evans. Le « California Zephyr » d’Amtrac fait escale à Denver sur sa longue trace vers San Francisco.

Denver est une ville pas très grande à l’aune des USA (env. 700 000 h dont un nombre important de homeless à en juger par les enjambées sur les trottoirs ; on y retrouve des « clochards célestes » bloqués dans leur avancée vers l’ouest par la barrière des Rocheuses). Ancienne ville d’éleveurs et de mineurs, Denver constitue un point de départ idéal pour ‘attaquer’ les Rocky Mountains. Au rayon des « things to do », la ville a un bilan plutôt limité.. : entre le tour des brasseries (Denver est le siège de la marque Coors et de quelques autres Rock Bottom, Wynkoop..) et le Denver Art district.

Mais tout se déroule dans une ambiance assez ‘cool’.. on est à l’ouest et c’est le moment de rompre avec le rail et de retrouver la route.

On sent déjà avec insistance que l’on glisse assurément vers l’ouest…

Un Colorado coloré et fleuri ; une ville où les artistes laissent libres cours à leur inspiration…

Quelques adresses à Denver et à Estes Park (au pied des Rocky Mountains)

Les Rocky Mountains (ou Rockies) s’étendent sur 4800 km de la Colombie britannique (Canada) jusqu’au Nouveau Mexique. Leur point culminant (Mt Elbert 4401 m) se situe au sud-ouest de Denver. Partant de Estes Park, nous allons traverser cette chaine pour redescendre ensuite vers Grand Junction et Moab avant de suivre la vallée du fleuve Colorado jusqu’au lac Powell et au delà.

Direction Grand Junction par la route des sommets, Trail Ridge road (US34), qui serpente au dessus des nuages, culmine à 12183 ft (3713 m) et redescend vers les lacs de Shadow Mountain et Granby.

Grand Junction est située sur le versant ouest du Colorado. La ville est sur le tracé du train et est desservie par le California Zephyr d’Amtrak. Elle surplombe le Colorado National Monument qui est une vallée encaissée digne du Grand Canyon. Il s’agit à l’évidence d’une ville étape.

La descente au long du fleuve Colorado réserve de belles surprises en termes de paysages dans une vallée encaissée de roches rouges encadrant une rivière alanguie.

Les Mesas sont des tours de guet au milieu de terres hostiles ; quelques buissons d’épineux parsèment ici et là la terre rougie par les oxydes de fer. L’état du Colorado laisse place à l’Utah, paradis des parcs nationaux (5 au total : Arches, Canyonlands, Bryce Canyon, Zion, Capitol Reef) sans omettre le parc de Monument Valley, qui n’est pas géré par l’état, mais par la communauté Navajo. L’ouest est là, avec ses mirages…

Arches comprend plus de 2000 arches rocheuses naturelles en grès rouge, dont la fameuse Delicate Arch. (Pour les autres parcs, voir l’article intitulé « Un itinéraire sur les routes de l’ouest » (2000).

L’étape suivante est donc Monument Valley, UT sur l’US-163. L’approche de la zone est grandiose avec des monolithes et des buttes posés sur l’horizon. On reconnait ici les silhouettes d’Henri Fonda (La poursuite infernale, la conquête de l’ouest), de John Wayne (La chevauchée fantastique, la prisonnière du désert, les Comancheros & du massacre de Fort Apache), des 2 réunis (La charge héroïque), de Dennis Hopper (Easy rider), de Susan Sarandon et Geena Davis (Thelma et Louise).

Peinture de l’auteur

La « vallée des rocs » méritent une halte prolongée et si possible en dehors des heures d’affluence. La meilleure option qui n’est certes pas la plus économique consiste à prendre une chambre au « The view » dont la vue est imprenable au couchant sur la vallée. « The view » est géré par la tribut navajo qui sert un repas simple le soir dans une cantine sans charme.

Manger & dormir autour de Monument Valley.

Au matin, les feux de camp sont éteints et les Indiens s’adonnent à quelques rituels. Il est temps de monter en selle et de rejoindre la prochaine étape : Page en Arizona. Le village s’étend au pied du barrage de Glenn Canyon ; il dis dispose d’une centrale thermique énorme eu égard au relatif faible de potentiels de clients sur la zone. Hors de cet édifice industriel au cachet douteux, il n’émane pas grand chose de cette bourgade, mais ses atouts dans un périmètre proche sont :

Horseshoe bend, pour sa vue vertigineuse. On est ici au tout début du grand canyon et le spectacle est d’ores et déjà « amazing ; oh my gosh » !

Antelope Canyon, pour ses effets lumineux.

Les gorges du Lower et de l’Upper Antelope sont creusées dans la roche, façonnée par l’érosion due aux intempéries dans une région des plus sèches des USA. Autant dire le temps qu’il a fallu pour parfaire le site, découvert par une jeune navajo en quête des ses moutons égarés. Aujourd’hui, les gorges font la fortune de la même communauté qui veille jalousement sur l’organisation des visites. L’accès est notamment strictement contrôlé en raison d’une possible montée des eaux lors d’une pluie d’orage. Plus en aval, Marble Canyon offre une vue différente de celle que l’on peut avoir du Gd Canyon, car les rives sont facilement accessibles.


« J’étais à mi-chemin de la traversée de l’Amérique, sur la ligne de partage entre l’Est de ma jeunesse et l’Ouest de mon avenir. » Jack Kerouac, ‘sur la route’

De Page, la route vers l’ouest passe soit par Flagstaff (parallèle au South Rim), puis l’I-40 mène à Kingman. Une alternative consiste à partir vers le nord ouest et à alterner les passages en Utah et en Arizona jusqu’à Saint Georges, petite ville sympathique où vit une importante communauté mormone. Par cet itinéraire, on rejoint l’I-15 qui rejoint Las Vegas.

Avec le temple mormon qui domine la cité… (interdit aux gens extérieurs à la communauté).

Las Vegas est droit devant sur l’I-15 via Mesquite. Las Vegas, la ville où la nuit est mieux éclairée que le jour et où il convient de « ne pas tirer sur le pianiste, car celui-ci fait tout ce qu’il peut ». La ville du jeu, des néons, des bunnies, des slot machines n’avait pas encore connu la folie brute et sauvage d’un homme en 2015 (Cf. le massacre de 2017 qui s’est soldé par 58 morts et 527 blessés ; l’affaire n’a encore pas connu son épilogue). Las Vegas est pourtant une atmosphère de fête, où les paumés côtoient les plus fortunés qui veulent « renverser les tables et nettoyer les tapis ». Les machines à sous éblouissent et cliquètent, les roulettes ne connaissent pas la pause et les serveuses sont éreintées par leur allées venues chargées d’alcools et de bières sensés redonner de l’allant et de la foi à tous les parieurs d’un jour ou d’un soir.

L’échappée finale est en direction de l’océan pacifique. Mais un crochet s’impose par la Death Valley qui intrigue avec ses températures démentes. L’air brulant envahit l’habitacle du SUV dont il est conseillé de stopper l’airco afin de limiter la chauffe du moteur. Il fait « tiède », mais c’est la condition impérative pour franchir l’obstacle…

L’I-15 rejoint la mythique Route 66 à Barstow. A quelques kilomètres du croisement entre l’interstate et la route US 58, la zone est désolée. On est à Hinkley, là où la PG&E (Pacific Gas and Electricity) fut au coeur d’un scandale écologique en utilisant des quantités de chrome hexavalent pour entretenir ses compresseurs et en rejetant tout ou partie dans des bassins non étanches. L’endroit est sinistre, l’usine à gaz est bien présente, l’atmosphère parait suspendue. Erin Brokovich est repartie vers d’autres luttes… (Cf. filmographie ci-dessous).

L’I-15 déroule ensuite son tapis de bitume vers San Bernardino, la banlieue oubliée, économiquement sinistrée, puis on ne résiste pas à faire un bout de chemin sur la trace de la vieille route par Claremont, La Verne, Pasadena, West Hollywood, Beverly Hills afin de stopper net et d’éteindre le moteur à Santa Monica. Le Pacifique crée une barrière infranchissable en renvoyant ses rouleaux sur la plage, immense et presque vide en raison d’un vent frais.

Après New York, Chicago, Denver, la capitale de Californie est l’ultime plongée de ce voyage dans l’une des grandes métropoles américaines : gigantisme, cosmopolitisme, la ville aux multiples quartiers ethniques vit une grande mutation urbanistique. Les « Anges » relèvent le défi du XXI° siècle.


Notre adresse d’hôtel à LA ; la juste mesure proche de Rodeo Drive à équidistance de Downtown & Santa Monica par W Pico blvd : Mister C Beverly Hills, Beverwil Dr 1224 Los Angeles 90035

Filmographie succincte, instinctive pour clore cette traversée et s’en rappeller les bons moments.

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