Culture, Géographie, Histoire

Je reviendrai à Montréal… (2024)

… « dans un grand Boeing bleu de mer… » (Robert Charlebois)

Une première en 47 ans de bourlingue autour du globe… Familiers du grand voisin du sud, nous nous étions gardé jusqu’alors de franchir cette frontière. Et pourtant bien des choses nous rapprocherait de ce ‘nouveau monde’ et particulièrement de sa province francophone. En fait, on se sent sans doute proche de par les liens qui unissent le Québec et nos terres de Normandie, Bretagne, pays de Loire, mais pourtant on en est résolument distant de par la culture, l’environnement, les attitudes et presque par la langue bien souvent hermétique à nos oreilles…

Si la découverte du Québec est généralement attribuée à Jacques Cartier en 1534 (né vers 1491 à Saint-Malo, mort le 1er septembre 1557 dans la même cité), il est hautement probable que nombre de pêcheurs, moines et autres navigateurs aient fréquenté les côtes de Terre Neuve avant lui. En quête d’une Asie regorgeant de richesses, c’est dans un Saint Laurent austère et mystérieux que Cartier pénètre en 1534 lors de sa première traversée.

Au cours du deuxième voyage (1535/36), il baptise une petite baie du nom du saint du jour, Saint Laurent, puis remonte le fleuve. Il s’installe temporairement au havre Sainte Croix, près d’un village indien dénommé Stadaconé, à proximité de l’endroit qui deviendra Québec. Poursuivant sa navigation fluviale, il nomme la montagne au pied de laquelle se trouve un autre village indigène, Mont Royal. Celle-ci domine aujourd’hui la ville de Montréal. François 1er, qui développe des velléités de s’installer plus solidement sur ce nouveau continent dans une concurrence acharnée avec d’autres royaumes européens, décide d’une troisième expédition en 1541. A partir de 1542, il passe le relais de la colonisation à Jean François de la Roque de Roberval, missionné par le roi de France. Son exploration des berges du St Laurent et du lac Saint Jean ne seront guère profitables et c’est la déception de n’avoir trouvé ni or, ni diamant qui l’emporte.

A partir des années 1580, ce sont les pêcheurs, les marchands, les trappeurs qui vont réellement investir ce nouveau territoire. Samuel de Champlain, navigateur et explorateur, (né vers 1567 à Brouage, mort le 25 décembre 1635 à Québec) remonte le St Laurent jusqu’à Trois-Rivières. Au cours de plusieurs expéditions successives, il débarque de nouveau en 1608 au pied du cap Diamant et fonde la ville de Québec. L’expérience a failli tourner court, car la colonie française est très vite décimée par le scorbut et la dysenterie. Les survivants se comptent sur les doits des 2 mains…

Champlain va alors guerroyer alors avec les Iroquois devenus alliés des Anglais, et aidé par les Algonquins et les Hurons amis de la France. Il sera blessé par une flèche lors d’une bataille sur la rivière Richelieu en 1610. Il rentre en France, se marie avec une jeune fille mineure de 12 ans, à laquelle il dédiera en son honneur une des îles du fleuve qu’il nomme Sainte Hélène. En 1614, il fonde la Compagnie des marchands de Rouen et de St Malo et la Compagnie de Champlain. Il remonte ensuite jusqu’au lac Ontario dans le pays des Outaouais (Ottawa).

Les escarmouches se poursuivent avec les Anglais à partir de 1628 et jusqu’à son décès en 1635. Si la Nouvelle France existe bien à sa mort, elle est alors une colonie fragile. En 1636, un nouveau gouverneur, Charles Jacques Huault de Montmagny (1583-1653), succède à Champlain, bat les Iroquois et leur concède la pais de Trois-Rivières en 1645. La Nouvelle France s’étend vers le nord et l’ouest. En 1642, Paul Chomedey de Maisonneuve (1612-1676) plante une croix au sommet du Mont Royal, fonde Ville-Marie. Les guerres avec les Iroquois reprennent de plus belle, ces derniers massacrant nombre de missionnaires jésuites. En 1651, Maisonneuve revient de France avec des renforts. La guerre avec les Indiens se poursuit. Né à Ormeaux, en France, Dollard arrive en Nouvelle France à la fin des années 1650 (vraisemblablement en 1658), et se fait offrir le commandement d’un petit fort près de Ville-Marie. Dollard des Ormeaux organise alors un groupe de jeunes hommes pour aller affronter les Iroquois ; sauvée par le sacrifice héroïque de Dollard et de ses amis, la Nouvelle France survit aux attaques des Iroquois. Louis XIV tente de poser les bases d’un établissement durable qui passe d’une colonie-comptoir à une colonie de peuplement. C’est vers les années 1750 qu’elle atteignit son apogée territorial. Elle regroupe alors cinq colonies possédant chacune sa propre administration régionale.

Louis XIV met en place une structure administrative similaire à celle instaurée dans les autres provinces et colonies du royaume. La Nouvelle-France passe sous l’autorité du Contrôleur général des Finances puis du Ministère de la Marine. La direction de la colonie est confiée à un Gouverneur responsable des questions militaires et des affaires extérieures. Un Intendant (Jean Talon – Gilles Hocquart) est responsable de la justice, de la police et des finances, en somme de tous les aspects civils de l’administration coloniale. Un Conseil souverain — devenu Conseil supérieur en 1717 — agit comme tribunal d’appel et enregistre les édits du roi.

La France estime cependant que la Nouvelle-France coûte cher et rapporte peu. La guerre de Sept Ans (1756-1763) met face à face la Grande-Bretagne, devenue une puissance maritime agressive, et une France acculée à la défensive. Le 13 septembre 1759, les troupes du général James Wolfe infligent une défaite à celles du Marquis de Montcalm sur les hauteurs d’Abraham, près de Québec. L’année suivante, Montréal tombe à son tour. Par le Traité de Paris (1763) la France cède sa colonie à l’Angleterre.


QUEBEC Cité est la ville fortifiée la mieux conservée au nord du continent américain. Jouxtant les fortifications, le quartier de Vieux Québec concentre l’activité commerciale très tournée vers le tourisme. La rue du Petit Champlain est en une expression vivante sur tous les plans : hôtelleries, restaurants, boutiques…Le quartier surplombe le port et ses activités nautiques et industrielles.

Toujours dans ce quartier, la place Royale et ses vielles façades de pierre blanche, un peu plus loin par la côte de la montagne, on arrive à la basilique-cathédrale Notre Dame de Québec. En surplomb, derrière les Postes, trône l’imposant Château (hôtel) Frontenac, le cliché le plus célèbre de la ville.

Construit par le Canadien Pacifique à partir de 1892, selon les plans de l’architecte new yorkais Bruce Price, le Château Frontenac est un bel exemple des hôtels de style château développés par les compagnies ferroviaires au Canada. Cet hôtel de prestige est nommé en l’honneur de Louis de Buade, comte de Frontenac. Ce dernier a été gouverneur de la colonie de la Nouvelle-France de 1672 à 1682, puis de nouveau de 1689 à 1698. Situé sur le cap Diamant, il surplombe le fleuve Saint-Laurent et la citadelle qui longe les célèbres plaines d’Abraham, lieu historique où le combat pour la conquête de Québec a eu lieu en 1759 pendant les sept années de guerre entre la Grande-Bretagne et la France.

Haut lieu historique, lors de la première Conférence de Québec tenue en août 1943 puis, lors de la seconde en septembre 1944, presque tous les membres des délégations alliées ont été logés au Château Frontenac. C’est en ses murs que Mackenzie King y rencontre le premier ministre britannique Winston Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt afin d’y préparer la capitulation de l’Italie. Ils se rencontreront à nouveau en 1944 afin de préparer la fin de la guerre.

Poursuivant le long du fleuve vers le nord-est, on découvre que les chutes du Niagara n’ont presque rien d’exceptionnel et que celles de Montmorency ont plutôt fière allure. C’est au cœur d’une zone urbanisée que la rivière éponyme se jette du haut de ses 83 mètres dans le St Laurent.

Afin de jouir d’une vue panoramique sur le Vieux Québec, la traversée du St Laurent s’impose jusqu’au village de Lévis. En visitant la maison Alphonse Desjardins, on se plonge dans la vie d’un personnage philanthrope , qui voulu aider ses contemporains.

Alphonse Desjardins, fondateur des caisses populaires, est né le 5 novembre 1854 à Lévis. Au cours de sa vie, il a été militaire, journaliste, éditeur des débats parlementaires du Québec, propriétaire de journal et sténographe français au Parlement canadien à Ottawa. S’appuyant sur ses expériences personnelles en matière d’association et de développement local à Lévis, il se met en quête d’une solution financière aux difficultés socio-économiques qu’affrontent ses compatriotes. En se faisant le promoteur de l’idée de la coopération, il cherche à enrayer l’usure, à améliorer la condition des classes populaires et à contribuer au relèvement économique des Canadiens français. Après de longues recherches, il fonde la première caisse populaire à Lévis, le 6 décembre 1900. À sa mort, survenue le 31 octobre 1920, il aura participé personnellement à la fondation de 163 caisses populaires, dont 136 au Québec, 18 en Ontario et au moins 9 aux États-Unis, sans compter quelques ‘credit unions’.

Un exemple de démocratie, le parlement du Québec se visite avec une facilité déconcertante. Guidée ou libre, la visite s’organise sur une simple réservation sur son site en ligne.

L‘édifice qui abrite l’Assemblée nationale se situe entre le bld R. Levesque et la Grande Allée, et se nomme l’« hôtel du Parlement ». Les archives de l’Assemblée nationale contiennent environ 2 kilomètres linéaires de documents textuels, iconographiques, sonores et visuels qui témoignent de façon éloquente des activités de l’institution depuis 1867. On y trouve des documents concernant les travaux parlementaires, la gestion de l’institution, les cérémonies protocolaires et les relations interparlementaires avec différents parlements. Il a été construit d’après les plans d’Eugène-Étienne Taché, architecte arpenteur québecquois entre 1877 et 1886.

Enfin une visite à Québec ne saurait être exhaustive sans se frotter à la gastronomie locale ; rue St Jean ou rue St Louis, on trouvera de quoi se sustenter généreusement et goûter aux spécialités du cru : tourtière, poutine, pâté chinois, cassoulard, guédille de matane et pour clore les débats, un pudding du chômeur.

Une simple adresse, La Buche une cabane à sucre au 49 de la rue Saint Louis.

TROIS RIVIERES : En amont du fleuve, on trouve la petite ville, un peu somnolente, de Trois-Rivières a mi-chemin entre Québec et Montréal. Fondée en 1634, elle est la deuxième plus ancienne ville du Québec et compte aujourd’hui environ 140 000 habitants. La ville occupe un emplacement connu des Français depuis 1535, lorsque Jacques Cartier, dans un voyage le long du Saint-Laurent, s’y arrête pour planter une croix sur l’île Saint-Quentin. Cependant, le nom « Trois-Rivières » n’est employé pour la première fois qu’en 1599, année durant laquelle François Gravé s’y rend, comme le relate Samuel de Champlain dans ses ‘Voyages’, lequel confirmera ce nom en 1603 dans sa brochure intitulée ‘Des Sauvages’.

Buste de Laviolette, considéré comme le fondateur de la ville.

Un terrible incendie ravage Trois-Rivières en 1908 détruit la majeure partie de la vieille ville, n’épargnant qu’une dizaine de bâtiments datant du Régime français. Le monastère des Ursulines (photo ci-dessous) et le manoir de Tonnancour sont heureusement épargnés. Cela entraînera un réaménagement de la ville, dont l’élargissement et le redressement des rues. La reconstruction du centre de la ville coïncide avec les débuts de l’utilisation d’une nouvelle ligne électrique de haute tension qui a favorisé l’avènement et le développement de nouvelles entreprises, dont celle du textile qui encourage la venue de nouveaux paysans.

MONTREAL, qui tire son nom de Mont Royal, un leg de J Cartier, est la deuxième ville du Canada. Afin d’embrasser la vue panoramique de cette vaste cité d’un coup d’œil circulaire, il convient sans doute de commencer sa visite par le sommet du susdit mont.

« Je me sens chez moi quand je suis à Montréal, d’une façon que je ne ressens nulle part ailleurs. Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais c’est un sentiment qui est de plus en plus fort avec les années. » À l’instar des Montréalais, Leonard Cohen adorait les bagels, et il avait ses habitudes à St-Viateur Bagel (263 rue Saint-Viateur), la boulangerie ouverte en 1957 par Myer Lewkowicz, un survivant du camp de concentration allemand de Buchenwald. Cohen était ami avec le propriétaire actuel, Joe Morena, qui a commencé à travailler pour Lewkowicz en 1962, à l’âge de 14 ans.  Lors de ses études à l’Université McGill. Cohen aimait aller prendre un verre dans les établissements de la rue Bishop, au centre-ville, et de la rue Crescent, là où se trouve aujourd’hui le pub Sir Winston Churchill. En face de ce dernier, au 1420 rue Crescent, se trouve la gigantesque murale Tower of Songs, du portraitiste américain El Mac et du Montréalais Gene Pendon, qui lui est consacrée. Le mural de neuf étages à l’effigie de Cohen réalisée par Kevin Ledo se trouve, sur le côté de l’édifice Cooper, au 3981 boulevard Saint-Laurent.  

Que voir à Montréal ? Du belvédère Kondiaronk au sommet du mont Royal, le chemin est tout droit vers le renommé musée des Beaux Arts de Montréal, 1830 rue Sheerbrooke Ouest. Un peu plus loin, vers le centre ville, le musée d’art contemporain (MAC) est un complément du précédent. Sur le parcours, on rejoint la rue Ste Catherine, haut lieu du shopping local. Un peu plus loin, on se dirige vers la place d’Armes, dominée par la basilique Notre Dame. Le quartier historique du Vieux Montréal ouvre alors ses rues pavées bordées de cafés et de restaurants. On aboutit alors à la place Jacques Cartier, au château Ramezay (construit en 1705 et successivement demeure, quartier général, cour de justice, établissement d’éducation et finalement musée), à l’hôtel de ville (rendu célèbre par un certain Gal de Gaulle, qui prononçât un discours historique à son balcon).

Montréal est doté d’un vaste réseau piétonnier souterrain qui compte, pour être exact, 32 km de passages reliés. Pendant les mois d’hiver, environ 500 000 personnes y circulent chaque jour pour accéder à des bureaux, à des gares, à des boutiques et à des restaurants. Nommé ‘Réso’, ce système relie le centre de congrès de la ville, 10 grands hôtels et plusieurs centres commerciaux.

Dans le quartier du plateau, on va faire ses emplettes au marché Jean Talon, ou l’on va se restaurer en dinant à la Binerie (4167, rue St Denis) : soupe aux pois maison, ragoût de boulettes, tourtières, fèves au lard, purée de pommes de terre, légumes cuit vapeur, pouding chômeur ou blanc-mangé… Les rues avoisinantes fourmillent d’autres bonnes adresses, avenue du Mont Royal, avenue Duluth, rue St Denis, rue Rachel, etc…

La curiosité du quartier réside, un peu plus au sud, dans l’architecture et les couleurs des maisons du square Saint Louis et des rues avoisinantes.

Le quartier Hochelaga-Maisonneuve, situé dans l’est de Montréal, compte plusieurs attractions impressionnantes d’une autre nature — et toutes à distance de marche les unes des autres. Tout d’abord, le stade olympique est un rappel grandiose des jeux d’été de 1976, et sans doute la structure architecturale la plus reconnaissable dans toute la ville. Le jardin botanique de Montréal de renommée internationale, et enfin, le biodôme où se succèdent cinq écosystèmes abritant plus de 250 espèces différentes d’animaux .


Fondée en 1826 sous le nom de Bytown et incorporée sous le nom d’OTTAWA en 1855, la ville est choisie comme capitale de la province du Canada en 1857 par la reine Victoria, dans le but de résoudre un conflit opposant Montréal, Toronto, Québec & Kingston, toutes souhaitant alors devenir capitale de la colonie. Ottawa (état de l’Ontario) fut alors désignée capitale en raison de sa situation géographique, sur la frontière entre le Haut et le Bas-Canada (afin de ne favoriser ni les anglophones, ni les francophones) et de la distance qui la séparait de la frontière avec les États-Unis, la protégeant d’une éventuelle attaque américaine. De fait, Ottawa est bâtie sur la ligne de jonction linguistique étant mitoyenne de GATINEAU, ville québécoise et on y parle donc couramment les 2 langues.

Ville capitale, tranquille et provinciale, Ottawa compte néanmoins des bâtiments à l’architecture néogothique remarquable avec les locaux de l’administration gouvernementale, la chambre des communes, le parlement, le sénat.

Le ‘must’ d’une visite à Ottawa réside sans doute dans la visite de ses 2 deux musées qui se font face de part et d’autre de la rivière des Outaouais : le musée des Beaux Arts côté Ontario, le musée de l’histoire du Canada côté Québec (Gatineau).

En haut, le musée des Beaux Arts – En bas, le musée d’histoire du Canada.

A proximité directe de la capitale, se trouve le domaine Mackenzie-King, un endroit en pleine nature. Ce domaine est un legs inestimable de l’ancien premier ministre William Lyon Mackenzie King, à qui il a appartenu pendant près de 50 ans et qui nous replonge au début du 20° siècle. De magnifiques jardins anglais et français, des ruines historiques, des sentiers et des bâtiments d’habitation transformés en musée complètent une journée de visite dans le parc de la Gatineau.

D‘Ottawa à Toronto (env. 400 km), on peut profiter de la route 401 pour longer le lac Ontario, passer par la ville historique de KINGSTON et parcourir les routes de campagne du Comté du Prince Edouard. À cause de son emplacement stratégique, Kingston fut un lieu militaire d’importance. On y trouve notamment le Fort Henry, site patrimonial national.

TORONTO, capitale de l’Ontario, est aussi la plus grande ville canadienne. La cité aux allures américaines dotée de hauts buildings, de la tour CN (553,33 m construite par la Sté des Chemins de fer Canadien National), des sièges des plus importantes banques du pays et des grandes compagnies industrielles et financières, est aussi un pôle culturel mondialement reconnu avec un festival du cinéma renommé.

Le mot Toronto signifie « l’endroit où les racines des arbres trempent dans l’eau » dans un dialecte mohawk de l’est du Canada.

Au XIXe siècle, Toronto est la principale destination des immigrants au Canada et la croissance de la ville est particulièrement rapide. Un afflux de population particulièrement important a lieu au cours de la grande famine en Irlande (1845-1852). En 1851, la population d’origine irlandaise est le groupe ethnique le plus important de la ville. En 1904, un grand incendie détruit une partie importante du centre de Toronto. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la ville de Toronto accueille à nouveau de nombreux immigrants, principalement des Allemands, des Français, des Italiens et des Juifs venus de différents pays d’Europe de l’Est. Ils sont bientôt suivis par des Chinois, des Russes, des Polonais et des immigrants d’autres pays d’Europe de l’Est. C’est ainsi qu’elle devient l’une des villes les plus multiculturelles d’Amérique du nord.

A l’instar de celui de Montréal, le musée des Beaux Arts de l’Ontario est un édifice imposant (rénové par Frank Gehry) au cœur de la ville et crucial pour découvrir la culture canadienne au fil des siècles. Art contemporain, peinture canadienne au fil des ans, collection d’art inuit et « premières nations » , grands maîtres hollandais, français, italiens des 17 au 19°, collections privées Thompson et Malcolmson, photographies constituent un fond remarquable.

NIAGARA FALLS : Au delà de Mississauga, puis des vignobles (!) entre Hamilton et St Catharines, l’attraction majeure se situe à la frontière américano-canadienne. La route Queen Elizabeth Way (QEW) débouche sur une sorte de Disneyland aussi bruyant et lumineux, que dépourvu d’intérêt dans un affreux capharnaüm routier. C’est l’apanage du côté canadien, car passé aux USA on se retrouve dans un parc national plus respectueux de la majesté des lieux…

Les chutes du Niagara vues des 2 côtés de la frontière… Un rappel de géographie : les chutes sont constituées de 3 ensembles, les « chutes du Fer-à-Cheval » (Horseshoe Falls) ou « chutes canadiennes », les « chutes américaines » (American Falls), les « chutes du Voile de la Mariée » (Bridal Veil Falls). Pas très hautes (57m), elles sont néanmoins assez larges avec un débit conséquent de 2800 m3/s.


Par défaut
Culture, Histoire

Nouvelle France !

Entre les 16° et 18° siècles, la France entreprend une vaste conquête des territoires du nord de l’Amérique… L’Empire colonial alors constitué s’étend du golfe du Saint Laurent au golfe du Mexique au sud et jusqu’aux Rocheuses à l’ouest. Paradoxalement, cet épisode de l’histoire de France est mal connu en métropole ; il est sans doute plus illustré aux Etats Unis dans la mesure où de nombreux noms de lieux révèlent cette histoire faite d’aventures et de personnages hauts en couleur. Il n’est en effet pas rare de suivre la trace d’un trappeur d’origine bretonne ou normande dans un territoire isolé des USA. (La même histoire est totalement ignorée des américains, sauf exceptions rares…on vous la raconte ici )…    

Jean de Verrazzane

Les premiers français qui fréquentent les côtes du continent nord américain sont des pécheurs terre-neuvas au début du 16ème siècle. C’est François 1er qui déclenche la première grande expédition sous pression de marchands lyonnais, rouennais et d’armateurs dieppois. Il missionne l’explorateur toscan Giovanni de Verrazzano pour découvrir un passage vers l’orient vers 1522 et naturellement ce dernier se heurte aux terres américaines. Il fait alors du cabotage entre l’actuelle côte de Caroline du nord et suivant le littoral il remonte jusqu’à l’estuaire de l’Hudson (qu’il baptise alors la « Nouvelle Angoulême« ). Le pont Verrazzano à New York qui relie Brooklyn à Staten Island commémore cette aventure. Il désigne ces territoires nouveaux sous le nom de « Nouvelle Gaulle ». (Son second voyage plus au sud vers les Caraïbes lui sera fatal, puisqu’il sera tué et dévoré par des indigènes anthropophages). Six ans après cette fin tragique, c’est Jacques Cartier, le malouin, qui lui succède en 1534 avec pour mission d’explorer l’estuaire du Saint Laurent qu’il remonte. Il découvre ainsi le village de Stadaconé, peuplé d’iroquois (à l’emplacement de l’actuelle ville de Québec) et ouvrira la voie vers l’intérieur des terres, vers le Mississippi à ses successeurs.

Jacques Cartier

Après le temps des Valois, c’est au tour des Bourbons et d’Henri IV de donner une nouvelle impulsion à la découverte de ces nouveaux territoires. Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain, partent ainsi sillonner la province de Québec et fondent les premiers établissements français en Amérique du nord à partir de 1604. Ils installent des bases à l’île Sainte Croix puis à Port Royal, mais l’hiver canadien et le scorbut amoindrissent la résistance de occupants. Pour financer en partie ces expéditions, Henri IV confia à Dugua de Mons le monopole du commerce des fourrures avec les indiens. Champlain fait d’innombrables aller-retours avec la métropole, s’installe avec sa jeune épouse, prend parti (pour les Hurons et les Algonquins contre les Iroquois), guerroie et découvre de nouveaux espaces au long de la rivière des Outaouais jusqu’aux grands lacs. Il tente de convaincre Louis XIII de l’intérêt stratégique pour la France de s’enraciner en Nouvelle France : « Par la Nouvelle-France, on pourrait « parvenir facilement au Royaume de la Chine et Indes orientales, d’où l’on tirerait de grandes richesses » ; la douane que l’on percevrait à Québec sur toutes les marchandises en provenance ou à destination de l’Asie « surpasserait en prix dix fois au moins toutes celles qui se lèvent en France » ; on s’assurerait un pays de « près de dix-huit cents lieues de long, arrosé des plus beaux fleuves du monde ». Il décède à Quebec en 1635.

Samuel de Champlain

A la mort de Champlain, les explorations cessèrent. Les Hurons et les Outaouais se chargeaient alors d’amener les fourrures dans la colonie. Les missionnaires eux allaient à la rencontre des Indiens. C’est ainsi que les récits des pères Brébeuf, Chaumonot, Raymbaut et Jogues contribuèrent à faire connaître les grands lacs. Le père Jogues, en compagnie de l’ingénieur Jean Bourdon, en dressa une carte partielle. La colonie française se heurte néanmoins aux appétits coloniaux des autres puissances européennes, Espagne et Grande Bretagne. On voit apparaître des aventuriers au courage et à l’audace certains : les « coureurs des bois » (parmi lesquels Médard Chouart des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson, qui déclarent être allés jusqu’à la baie d’Husdon vers 1659, mais sans en apporter la certitude).

Pierre-Esprit Radisson

C’est à partir de 1672 que l’expédition Louis Jolliet – Jacques Marquette traverse le lac Michigan, remonte la rivière aux Renards et entre dans un pays inconnu aux Européens. Ils remontent le Mississippi jusqu’à la confluence du Missouri qu’ils décident de ne pas remonter. Ils descendent ensuite le Mississippi jusqu’à la confluence de l’Arkansas. Ils ont ouvert la route du sud… C’est en 1682 qu’un Rouennais Réné-Robert Cavelier de La Salle et ses hommes atteignent l’embouchure sud du Mississippi en descendant le fleuve et passant par l’actuelle Saint Louis. Le 9 avril, ayant revêtu un manteau écarlate, il prend officiellement possession du territoire découvert au nom du roi de France et le nomme « Louisiane » en l’honneur du roi Louis XIV. Les Français y fonderont des villes au cours des années suivantes, dont les plus importantes sont la Nouvelle-Orléans (fondée en 1718 par Jean-Baptiste Le Moyne, sieur de Bienville) et Bâton Rouge (où les français construisent un fort également en 1718). Lors d’une seconde expédition par voie maritime dans le golfe du Mexique en 1684, Cavelier de La Salle ne parvient pas à retrouver l’embouchure du Mississippi et les déboires de sa flottille (attaque de flibustiers espagnols, maladie, mauvaises routes, attaque des tribus amérindiennes sur la côte texane, défection d’une autre partie de la flotte) amèneront les hommes à se mutiner. Dans un geste vengeur, Cavelier sera tué d’un tir à bout portant dans la tête par l’un des marins survivant à Navasota au nord de Houston (19 mars 1687). L’expédition qui avait pour but premier de conforter l’installation d’un établissement à l’embouchure du Mississippi a tourné au fiasco.

Cavelier de La Salle

Si tous ces émérites navigateurs et explorateurs avaient néanmoins contribué à créer un vaste territoire en Amérique qui était sous la gouvernance de la couronne française, la réaction de Louis XIV à la prise de possession de la Louisiane suscite un questionnement sur l’intérêt que celui-ci manifeste alors pour cette colonie : « Cette découverte est fort inutile et qu’il faut dans la suite empêcher de pareilles découvertes« . Ceci parait dès lors prémonitoire de ce qui adviendra des territoires de la Nouvelle France :

Nouvelle France avant 1750

La Nouvelle-France ‘canadienne’ et la rive gauche du Mississippi ont été perdues au profit de l’Angleterre en 1763, à la fin de la guerre de Sept Ans (dont l’extension américaine s’appellera « French and Indian War » bien que mettant aux prises les puissances ennemies européennes). A la suite de la conquête britannique de l’Acadie en 1755, les Anglais vont procéder à la déportation des paysans français qui peuplaient cette région ; c’est le ‘grand dérangement’ qui se soldera par le départ des Acadiens dans des conditions de sauvagerie dignes des pogroms du XXème siècle et leur ré installation partielle en Louisiane. Le ministre de Louis XV, Choiseul, moquera même la défaite de la France face à l’Angleterre comme n’étant que la « perte de quelques arpents de neige« … La rive droite du Mississippi et la Nouvelle-Orléans ont été cédées en 1762 à l’Espagne lors du traité de Fontainebleau. En 1800, la France récupère cependant la Louisiane des Espagnols lors du traité (secret) de San Ildefonso. Le 18 décembre 1803, la Louisiane est finalement vendue aux États-Unis par Napoléon Bonaparte.

Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran (mort durant le siège de Québec qui signe la défaite française en 1759)

En 1803, la France vendait aux Etats-Unis, pour la somme de 15 millions de dollars de l’époque (entre 60 et 80 millions de francs), la colonie française de Louisiane. Le traité de cession fut signé à Paris le 30 avril 1803, côté français par le ministre du Trésor, le marquis de Barbé-Marbois, au nom de Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et côté américain, par James Monroe et Robert R. Livingston, envoyés du Président des Etats-Unis, Thomas Jefferson. Au départ, le Président Jefferson avait chargé ses 2 envoyés de négocier l’achat du port de La Nouvelle-Orléans et de la région de la côte septentrionale du golfe du Mexique connue sous le nom de Floride occidentale, pour la somme de 10 millions de dollars. Mais lorsque Napoléon Bonaparte leur proposa de leur vendre l’ensemble de la colonie française de Louisiane, les négociateurs américains s’empressèrent d’accepter. Pourquoi cette braderie ? En stratège sans doute mal avisé, Napoléon n’entend pas pouvoir défendre ce territoire contre les Anglais et préfère engranger un montant conséquent pour financer ses guerres européennes. On connait la suite…

Transaction franco américaine sur la Louisiane en 1803

Ce vaste territoire correspondait (aux limites néanmoins bien difficiles à établir) à plus de 2.144.476 km2, soit 22,3% de la superficie actuelle des États-Unis, soit bien plus que l’actuel Etat de Louisiane. En effet, il incluait ce qui constitue aujourd’hui l’Arkansas, le Missouri, l’Iowa, l’Oklahoma, le Kansas et le Nebraska ; une partie de la Louisiane, du Texas, du Nouveau Mexique, du Minnesota, du Dakota du nord, du Dakota du sud, du Montana, du Wyoming et du Colorado ; ainsi qu’une partie des provinces actuelles de l’Alberta et de la Saskatchewan au Canada.

T. Jefferson négociateur de l’achat de la Louisiane à Napoléon (honoré depuis au Mt Rushmore et sur le billet de 2 $)
François, marquis de Barbé-Marbois (debout), montant une carte à Robert Livingston (au centre) et James Monroe (à droite)

Aujourd’hui, c’est en parcourant les territoires américains de l’est à l’ouest que l’on prend conscience de la présence et de l’héritage laissé par les trappeurs, les chercheurs d’or, les découvreurs de nouveaux mondes, et tous ceux qui étaient guidés par leur bonne étoile…

Annexe : la littérature sur cette présence francophone, sinon française, en Amérique du Nord est limitée.. citons néanmoins un ouvrage récent qui relate le rôle prépondérant des coureurs de bois dans la colonisation du Grand Ouest, leurs rencontres et relations avec les indiens…

Par défaut