Culture, Géographie, Histoire

Traversée 3 « East to West » (2019) .. ville par ville, jour après jour de Sioux Falls à Seattle…

CHAMBERLAIN. : ce sera peu ou prou l’étape à mi-chemin entre est et ouest…environ 1300 miles parcourus, restent 1400.  La cité fut créée à l’initiative d’un directeur de la Chicago, Milkwaukee & St Paul Railway, un signe annonciateur que la conquête de l’ouest prend corps. Sur la route à mi-chemin de Sioux Falls et de Chamberlain, dans la ville de Mitchell, les épis de blé du Midwest sont sanctifiés au « Corn Palace« , une « exclusivité » mondiale… (en centre ville, sortir de l’I-90).  

"Dignity" au Lewis & Clark interpretive center
« Dignity » au Lewis & Clark interpretive center

Dimanche 15 septembre 2019 : Le maïs reprend tous ses droits et connaîtra son apogée à Mitchell, la capitale de l’épi…La vénération pour cette céréale est totale dans ce gros bourg agricole du Midwest. Le « Corn Palace » est à la fois salle de spectacle, stade couvert, musée, exposition. Ses murs sont recouverts de tableaux muraux… faits d’épis de maïs décrivant la scénographie locale. Le bâtiment est aussi tout à la gloire de l’armée US dont les mérites sont vantés sur la façade principale. Bien sûr, cet extravagant palais est réputé être le plus emblématique au monde (c’est une habitude un peu redondante aux USA de recenser des records mondiaux à la pelle pour tout et n’importe quoi...). Second point d’orgue de la journée, l’arrivée dans la ville de Chamberlain (Dakota du Sud), qui descend vers la rivière Missouri en pente douce. La place fut investie par l’expédition de Lewis & Clark en 1804 ; les indiens Sioux Lakota étaient alors maîtres des lieux. La relation des américains ‘blancs’ aux « natives » est souvent très ambiguë…Exterminés sans vergogne pendant la conquête de l’ouest, il faudra attendre les années 70 au 20° siècle pour entrevoir une lueur de réparation morale… Depuis, parqués dans des réserves souvent inhospitalières, ils ne peuvent qu’observer avec beaucoup de flegme les hommages qui leur sont rendus. A Chamberlain, c’est la statue de Dignity (of Earth & Sky) qui rappelle leur souvenir, inspirée de 3 femmes Lakota, installée sur la colline qui domine le fleuve. Le second hommage leur est rendu au musée Akta Lakota où la proximité de l’école St Joseph apporte un éclairage très partisan sur leur intégration forcée au siècle chrétien. L’ambiance dans la petite ville se fait discrète le soir venu. Un nouveau venu dans la restauration, mexicain d’origine (« Mi Pueblo ») devient de fait l’adresse incontournable, sinon unique, mais cela vaut le détour. Pour l’hébergement, notre « logisticien-maison » avait prévu une chambre de l’autre coté du fleuve à Oacoma, au Baymont motel, l’un de ces établissements où « the ordinary american » aime à descendre avec sa glacière, son pack de Coors Light, ses paquets de Doritos, participer à la Cookies party de 19h et piquer une tête dans la piscine.



Note : 5 sur 5.

RAPID CITY : l’embarras du choix ! par où commencer la visite des environs de Rapid City ? en ville, l’Art Alley regroupe les artistes ‘muralistes’ locaux, Autour de la ville, le plus connu est bien sûr l’emblématique Mont Rushmore (https://www.nps.gov/moru/index.htm) et ses quatre présidents : George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln….un must to see parmi les parcs nationaux du pays (voir notre article intitulé « un tour des parcs de l’ouest – 1999 »). Mais on dénombre aussi parmi les sites à explorer – excusez du peu de choix : le parc national des Badlands (entre Chamberlain et Rapid C par une route alternative à l’ I90), le mémorial dédié à Crazy Horse (inachevé depuis le début de la construction en 1948), le monument national de Devils Tower, le parc d’état de Custer et ses troupeaux de bisons, les silos de missiles nucléaires du site historique national de Minuteman (à Philip sur l’I-90), et quelques autres…

de gauche à droite : Washington, Jefferson, Roosevelt, Lincoln

Lundi 16 septembre 2019 : Quitter Oacoma signifie que nous entrons dans la seconde partie de l’itinéraire et que, grosso modo, il reste 1400 miles à parcourir, soit un peu moins de la moitié du trajet programmé. C’est aussi ici que symboliquement on ressent que l’on passe dans un autre monde…celui des grands pâturages, des collines infinies et bientôt des forêts de pins, puis les Rocheuses qui barreront l’horizon. C’est aussi une région où l’on a le sentiment que l’influence de Washington s’émousse au fil que les fuseaux horaires défilent (-2 par rapport à New York). Au croisement de l’I 90 et de l’US 240, le site de « Minuteman » nous rappelle les errements de la guerre froide. L’Amérique enterrait des missiles intercontinentaux au milieu des champs pour répondre, le cas échéant, à une salve de missiles russes. L’explication fournie dans une vidéo au Visitor Center fait froid dans le dos, mais le public présent semble impassible et satisfait, tant il est convaincu de la justesse de cette stratégie et de la supposée supériorité technique des USA. Vitrifier le Dakota du Sud n’a pas eu lieu, et partant, les accords de dénucléarisation ont eu raison de certains sites de lancement, dont une bonne paire dans cette région. Ouf !

La route 240 mène ensuite aux « mauvaises terres », les Badlands. Ce sont encore des trappeurs francophones qui ont trouvé ce coin un peu ingrat et qui ont sans doute du le contourner pour pousser leur exploration plus avant. Le parc national de Badlands est parcouru par la « Badland Loop Road » qui sillonne ces paysages faits de collines, de ravins, de tumulus colorés, d’aiguilles rocheuses que les vents façonnent depuis des siècles. Cela devient un spectacle somptueux dans un univers aride et a priori pas très hospitalier. La route est parsemée de points de vue, toujours parfaitement aménagés pour réguler le flux de véhicules ; de là partent des sentiers (trails) sur lesquels on recommande simplement de se méfier des serpents à sonnettes (rattlesnake) ! et de prendre à boire en suffisance. Les ‘Badlands’ ont tantôt un air de ressemblance avec ‘Painted Desert’ (Arizona), tantôt avec un paysage lunaire vraiment peu engageant.


Mardi 17 septembre 2019 : « Les grands hommes font leur piédestal ; l’avenir se charge de la statue » Victor Hugo. L’un des grands instants à vivre dans ce voyage est la rencontre avec 4 grands hommes (voir un point de leurs biographies respectives ci-dessous). La montée vers le Mont Rushmore est l’une des plus agréables balades de la région. C’est la petite station de Keystone qui sert de porte d’accès à une route serpentant dans une forêt dense. L’arrivée au pied de la montagne Rushmore est précédé de quelques ouvertures entre les pins qui laissent entrevoir les 4 têtes sculptées dans la roche. Un immense parking aux 3/4 dissimulés en sous-sol est un passage obligé avant de rejoindre qui la plateforme et l’amphithéâtre situé au pied du mont, qui le « Presidential trail » qui se rapproche au mieux des éboulis et permet des points de vue multiples sur l’ouvrage. Initié par Doane Robinson, le début des travaux commence en 1927 sous la direction de John Gutzon de la Mothe Borglum, un américain d’origine danoise. Ils prirent fin en octobre 41 sous la houlette du fils Lincoln, Borglum étant décédé en mars.

Note : 5 sur 5.

Le projet était colossal. Il employa 400 femmes et hommes. 90% de la montagne a été excavé à la dynamite. La sculpture finale était réalisée au marteau-piqueur (jackhammer). Après cette étape qui ressemblait à un nid d’abeilles, les travailleurs ponçaient la surface des visages à l’aide d’un outil à main qui égalisait le granit, créant une surface lisse comme un trottoir. Suspendu dans le vide dans une chaise de mât (Bosun chair), les ouvriers présents sur le site n’eurent à dénombrer aucun accident mortel malgré les risques encourus dans des conditions météo qui pouvaient devenir extrêmes. Ce sera sans doute Alfred Hitchcock qui rendra le mont célèbre après avoir tourné « La Mort aux trousses » en 1959, (dont seuls les plans lointains ont été capturés sur le site… tous les autres ayant été reconstitué en studio).



Mercredi 18 septembre 2019 : La région à l’ouest de Rapid City s’appelle les « Black Hills » (Paha Sapa en langue Lakota) en raison de la couleur verte prononcée des pins de la région. C’est une vaste forêt qui a été un formidable terrain de jeu pour les chasseurs de pépite, à défaut d’être chasseur d’ours ou de prime…Les villages de Custer City, Hill City au sud, de Lead, de Deadwood crûrent sous la pression démographique de nouveaux arrivants, avant de retomber dans l’oubli, puis aujourd’hui de devenir des stations touristiques. Des personnages sulfureux, tantôt Marshall ou Shérif, tantôt simple détrousseur de casinos, banques et voleurs de chevaux s’installèrent dans la région. Aujourd’hui James Butler Hickok (alias Wild Bill), Calamity Jane sont enterrés au cimetière du Mont Moriah à Deadwood. D’autres comme Colorado Charley, Bloody Dick ont disparu sans laisser de traces par ici. La région est aussi connue pour le « Custer State Park » qui offre de magnifiques vues sur le Mt Rushmore, les lacs et prairies avoisinantes. Les routes ‘Needles Highway’ et ‘Wildlife Loop Road’ permettent deux voies d’accès à privilégier pour leur aspect bucolique au milieu d’une nature dessinée par les dieux des Lakota et dotées de superbes ouvrages d’art (les ponts en bois notamment).



Pour plus de lisibilité géographique, ci-dessous un plan de la région des ‘Badlands’ & des ‘Black Hills’ autour de Rapid City. Les sites remarquables pour ressentir l’ambiance de l’ouest sont Deadwood (son saloon historique, l’hôtel Bullock, l’Adams Museum et d’autres lieux à découvrir), Lead (et son musée de la mine).

  • George Washington : (1732 – 1799) père fondateur de la nation indépendante et 1er président américain (il est fait citoyen français par décret de l’assemblée de 1792),
  • Thomas Jefferson : (1743 – 1826) homme des Lumières, inspiré par Rousseau, l’un des auteurs de la Déclaration d’Indépendance : il fait 2 mandats (c’est sous sa présidence que la Louisiane est rachetée à la France – voir notre article Nouvelle France),
  • Theodore Roosevelt : (1858 – 1919) 26° président des Etats Unis (à ne pas confondre avec Franklin Delano Roosevelt qui sera le 32°) ; symbole du tournant économique du début du XX° siècle et du développement américain. Il semble néanmoins être le moins emblématique des 4 présents dans le monument en dépit de ses 2 mandats.
  • Abraham Lincoln : (1809 – 1865) il est élu à deux reprises, mais ne finira pas le second mandat assassiné par un sympathisant sudiste, alors qu’il a contribué à mettre un terme à la guerre de Sécession. C’est un partisan acharné de l’Union et il conteste l’esclavage tout en affirmant la supériorité de la race blanche… (n’est ce pas toujours actuel ?)
Mount Rushmore people.

A quelques miles de Custer City s’étend le mémorial indien dédié à ‘Crazy Horse’ (chef Sioux Lakota) et concédé à la communauté en compensation de la construction par les blancs des statues du Mt Rushmore sur une terre indienne… S’il revendique le titre de plus importante sculpture dans la roche au ‘monde’, il y a encore bien du travail pour la faire émerger de son bloc de granit. Débutée en 1948 sous la direction d’un sculpteur américain d’origine polonaise cette fois, Korczak Ziółkowski, seule la tête de Crazy Horse est vraiment reconnaissable, le corps sur son cheval reste à l’état de simple ébauche tracée dans la pierre. Est ce pour remplir les caisses de la fondation qui poursuit cette oeuvre ? toujours est il que le prix d’accès de 30 $ est parfaitement exorbitant.. On se contentera donc d’un 1/2 tour rapide devant les caisses et d’un cliché éloigné… dommage pour la mémoire du grand chef. Rapid City qui est la ville centrale d’où l’on peut rayonner aisément sur toutes ses destinations dispose d’un centre ville très particulier puisqu’il est « fléché » à tous les coins de rue par la statue d’un Président américain (jusqu’à celle de B. Obama posée en août 2019). L’endroit est agréable, organisé autour du grand hôtel Alex Johnson, ponctué de quelques bonnes adresses pour dîner comme le « Tally’s Silver Spoon » (le chef a fait ses armes en France !), la brasserie « Firehouse Brewing Co » (où l’ambiance est nettement moins retenue), le « Kathmandu Bistrot » (qui sert une étonnante cuisine authentiquement népalo-indienne). Les gens sont sympathiques et aimables dans ce coin d’Amérique…une raison de plus pour ne pas ignorer le Dakota (du Sud).

Crazy Horse… from far.
The next parties in Deadwood until mid-April 2020.


BUFFALO : une incursion au Wyoming (voir notre article intitulé « un tour au Wyoming – 2008« ) avec cette escale au nord-est de l’état. Nichée au pied des monts Big Horn, la ville est un point de passage entre 2 parcs des plus connus des USA : le Mont Rushmore & Yellowstone (US16). C’est aussi le lieu des enquêtes diligentées par le shérif Walt Longmire dans le comté proche d’Absaroka (fictif mais qui pourrait ressembler à celui de Johnson dont le siège est Buffalo – voir notre article « Mon Amérique dans les livres »). Pas très loin dans les Big Horn, un passage reculé, quasi inaccessible servait de repère à la célèbre bande de Butch Cassidy, le Kid de Sundance et ses gibiers de potence voleurs de bétail : le Hole-in-the-Wall… Rappelons que l’on en a retrouvé la trace tant du côté de Cody, de Cheyenne, de Grand Junction que de Fort Worth (tous lieux mythiques évoqués dans d’autres articles de ce blog) avant que de disparaître en Amérique du sud et de connaître un sort assez comparable à celui de Che Guevara en Bolivie, mais la trace de Butch s’est un peu perdue dans les méandres de sa renommée.. A elle seule, l’artère principale de Buffalo compte plus de douze bâtiments historiques dont le fameux Occidental Hotel http://www.occidentalwyoming.com/ – où furent tournés des scènes de « Le Virginien », série télévisée tiré du roman d’Owen Wister « The Virginian » et l’impressionnant Jim Gatchell Museum… http://www.jimgatchell.com

Walt Longmire « in action »
Old Trail Town – Cody (Butch seated at right)

Jeudi 19 septembre 2019 : Au sortir de notre sympathique motel Quality Inn coincé entre l’I 90 et le supermarché Walmart (ouvert 24/24 7/7 !), le route se fait forestière et boisée jusqu’à la limite du Wyoming, puis vallonnée jusqu’à « Devil’s Tower » et enfin industrieuse en traversant les mines de charbon autour de Wyodak et Gillette (le sol du nord-ouest du Wyoming recèle en surface d’importantes couches de charbon transportées dans tout l’ouest américain ; vu du ciel, le ‘Thunder Basin National Grassland’ n’a rien d’une prairie, mais tout d’une terre massacrée par les bulldozers et les excavatrices. Et ce n’est pas tout, car au milieu de nulle part, on produit aussi de l’électricité à des centaines de miles des premiers gros consommateurs… une hérésie climato-économico-industrielle…). Buffalo, un peu plus au nord en direction du Montana, est plus poétique, car on y retrouve l’âme des cow-boys. L’activité principale semble y être la pêche à la mouche et cela parait très bien ainsi pour la nature environnante. Le restaurant « The Virginian » quasi unique dans la ville est celui de l’hôtel Occidental, qui n’a guère changé depuis les années de sa création en 1880. Sundance Kid, Butch Cassidy y firent incursion ; Calamity Jane était une régulière, Buffalo Bill de passage comme Ernest Hemingway … et nous mêmes. Le village est aujourd’hui centré sur la publication du dernier ouvrage de Craig Johnson, rencontré un jour à Saint Malo (« Land of Wolfes« ). Craig installé à quelques kilomètres à Ucross (population : 25) fait le bonheur des habitants de Buffalo dont il a révélé l’existence au monde… avec les enquêtes du shérif Walt Longmire et de ses assistant(e)s Vic Moretti et Henry Standing Bear. La boutique consacré à Craig au centre du village est une mine d’or pour les passionné(e)s de l’Ouest ! (Chaudement recommandé …).

A few addresses between Rapid City & Buffalo.

BILLINGS : au cœur des montagnes au long de la rivière Yellowstone, la ville est devenue la cité la plus importante de l’état. Pays de ‘Yellowstone Kelly’ (militaire et aventurier), de ‘Calamity Jane’ (pocharde et aventurière), Frederick Billings (président de la Northern Pacific Railway, il donnera son nom à la ville reconnaissante…), Lewis & Clark (explorateurs et aventuriers passés par Billings en 1806…)

Babcock building in Billings.

Vendredi 20 Septembre 2019 : Billings semble avoir bien changé à première vue depuis la carte ‘vintage’ publiée ci-dessus. Fondée en 1880, la ville a subi des incendies importants en 1882 et 1886, mais son développement a repris activement autour du chemin de fer. Située en territoire indien, on pourrait croire que l’on a délibérément choisi ce coin pour y installer des raffineries, qui plus est dans un secteur où pétrole et gaz de schiste se feraient plutôt rares (1% des réserves US de pétrole brut et quelques puits de gaz dans la zone de Bakken à l’extrême nord-est). On annonce d’ailleurs ici et là dans la presse que ce « miracle » du ‘shale gas’ devrait connaître un retournement dans un avenir assez bref et presque aussi soudain que son éclosion… En tous les cas, Billings est ceinturé par les raffineries et installations chimiques au long de la rivière Yellowstone. 4/5 grands immeubles signalent le cœur de ville ; l’ambiance s’est rafraîchie de quelques degrés sous un ciel plutôt gris, une première depuis notre départ. Au centre, un cinéma historique, le « Babcock » qui organise un festival du cinéma du Montana (Mint), un surplus militaire imposant, un alignement de bistrots et de restaurants sur Montana avenue (Uberbrew, , la bien nommée, un ou deux musées dont le très captivant ‘Yellowstone Art Museum’, des motels et des casinos par dizaines sur une avenue imperturbablement rectiligne dénommée ‘Grand’. Samedi est jour de marché à Billings, largement alimenté en fruits et légumes par la communauté huttérite des environs (les Huttérites étant l’une des trois principales anciennes sectes anabaptistes chrétiennes existant encore aujourd’hui – l es deux autres étant les mennonites et les Amish – et la seule qui tienne rigoureusement à un mode de vie communautaire).

The best pizza (and more) in Billings.

Samedi 21 septembre 2019 : Il faut environ une heure de route pour se rendre du Boothill Inn, notre motel du moment, sur le site de la bataille de Little Big Horn. Cette bataille a créé un choc dans la mémoire américaine, puisque pour la première fois la cavalerie américaine sera défaite le 25 juin 1876 par les troupes de Sitting Bull et de Crazy Horse. Au désespoir de voir leurs terres spoliées et pillées par les compagnies de chemin de fer, puis par les chercheurs d’or, les indiens se rebiffent et traquent Custer et ses hommes sur la colline de Little Big Horn jusqu’à exterminer tout le détachement. Custer, le héros et aussi le tueur d’Indiens de la rivière Washita y laissera son scalp, ce qui n’est que justice. Si le site a tout d’abord fait l’impasse pour rendre l’hommage qu’il mérite aux Indiens, un monument spécialement attribué à ces derniers a été installé par la suite. Deux tombes rappellent aussi qu’une guerre fait souvent des victimes des 2 bords…Pas évident à entendre pour nombre d’américains.

Le cimetière de Little Big Horn.

HELENA : l’une des capitales les moins peuplées des USA, environ 29000 habitants dans ce coin central du Montana. Créée comme une base lors de la ruée vers l’or de la seconde moitié du XIX° siècle, le premier nom du lieu était  » Last Chance Gulch « . Peuplée d’aventurières et de prospecteurs de tous poils, la fortune sourit aux premiers arrivants qui transforment le campement en ville chic et victorienne. Helena semble avoir tourné la page de ses maisons closes et proxénètes célèbres : la précurseuse Josephine  » Chicago Joe  » Airey et la dernière de ligne  » Big Dorothy  » Baker. Aujourd’hui, ce sont les tours de la cathédrale Saint Hélène qui dominent la ville… changement d’époque !

Dimanche 22 septembre 2019 : Cap à l’ouest et retour sur l’I 90, en suivant le fleuve Yellowstone jusqu’à Livingston. Celui-ci bifurque ensuite obstinément vers le sud, vers le lac et le parc national Yellowstone, puis le parc de Grand Teton (voir notre tour au Wyoming en 2008 déjà dans un espace naturel à la luminosité parfaite). On roule vers la région de Bozeman, lieu de prédilection d’un certain Robert Redford qui y tourna deux de ses plus beaux films : « The Horse Whisperer » (au pied des monts Absaroka et de Beartooth tous proches), « A river runs through it » (entre les rivières Gallattin et Boulder, les villes de Bozeman et Livingston). Cette région est dotée de toutes les infrastructures qui permettent au ‘tout Hollywood’ de venir passer s’oxygéner le weekend. Après Three Forks, on quitte temporairement l’Interstate vers la droite pour Helena. La route longera alors un vieil ami, le Missouri, très élargi à cet endroit en amont du ‘Canyon Ferry Dam’ et dont la source est proche. En arrière plan, la chaîne des ‘Big Belt Mountains’ s’inscrit dans le paysage, sommets couverts de neige toute fraîche. Une brise tout aussi rafraîchissante rappelle que l’altitude entre Billings et Helena est comprise entre 950 et 1180 m. Soirée cool dans l’une des plus petites capitales d’état des USA : 32000 habitants, 1 gare, 1 motel ‘La Quinta’ pas terrible, 1 cathédrale plutôt flamboyante, 1 capitole à l’identique de beaucoup d’autres et 1 quartier neuf tout propre avec son cinéma et ses restaurants ultra proprets dont le ‘Silver Star Steak Company’, le bœuf du Montana rivalisant aisément avec celui du Texas ! Helena fut l’une des villes les plus riches des Etats Unis au 19° siècle lors de la ruée sur l’or, c’est aujourd’hui l’une des plus sages.

SPOKANE : toujours un peu plus à l’est, Spokane semble être entièrement dédiée à son environnement de bois, de forêts et de rivières. Sa devise est  » Near Nature, Near Perfect « … tout est dit…

Lundi 23 septembre 2019 : ‘Back on the I 90 and straight forward to the Pacific’…Il ne reste qu’à passer les Rocheuses, certes moins élevées dans cette région qu’au Wyoming, mais le ruban d’asphalte a perdu de son caractère rectiligne. Forêts, virages, montées et descentes s’enchaînent entre Bearmouth, Missoula jusqu’à Coeur d’Alène et la frontière entre les états de l’Idaho et de Washington. Avant cette limite d’état, l’autoroute surplombe la localité de Wallace (ID – population : 784) qui a vécu depuis 1884 et vit encore un peu de ses mines d’or et d’argent. Héritage d’un passé turbulent, le Bordello Museum, installé dans le saloon Oasis qui abritait les activités de prostituées, rappelle que le mineur ne faisait guère d’économie… La cité est un concentré de ce qui fondait une petite colonie au 19° siècle ; celle-ci n’est pas tombée en décrépitude, car du minerai d’argent continue d’en être extrait. Depuis, le cinéma d’Hollywood a contribué à en faire une halte touristique avec deux bons films (a) M. Cimino (Heaven’s Gate tourné en partie ici et beaucoup au Montana voisin) et (b) R. Donaldson (Dante’s Peak).

The friendliest bar in Wallace.

Après avoir longé le lac d’Alène, immense base de loisirs au nord de l’Idaho, la route traverse une zone fortement urbanisée de Coeur d’Alène à Spokane Valley, puis Spokane. Spokane a emprunté son nom à une tribu dénommée « fils du soleil »…Elle devint Spokane Falls en raison des chutes d’eau qui transforme la rivière Spokane en torrents impétueux au cœur de la ville. Dévastée en 1889 par un incendie, elle redevient une ville importante de l’état de Washington. Son centre ville vaut une visite. Mais Spokane connait aussi des problèmes de délinquance et ne se situe qu’à la 65ème place des villes américaines où il « ferait bon vivre » alors que ses voisines Portland (OR) et Seattle (WA) sont respectivement 8ème et 9ème…On fermera donc les portières de la voiture en traversant sa banlieue en direction de notre motel dans le nord de la ville. Quelques blocs ainsi traversés sont effectivement clairement appauvris, en témoigne les abords des pavillons de bois délabrés où s’entassent de vieilles bagnoles, des caddies, des canapés usagés etc…Quelques personnages semblent désespérément devoir tenir les poteaux électriques en restant appuyés dessus… Un coin moyennement engageant 😉 Par contre, la ‘Quinta by Wyndham Sp. North’ est l’une des meilleures adresses connues sur cette route, situé dans un ensemble commercial classique d’une ville moyenne américaine (quartier de Country Homes). On peut voir dans la juxtaposition des deux univers le paradoxe de la vie US dont nous avons largement hérité en Europe.. Pauvreté, chômage et consumérisme ne font pas bon ménage !

SEATTLE : la côte pacifique est atteinte. Berceau d’une frange de la musique pop, et ville de naissance de Jimi Hendrix, le musée de la Pop Culture et du Rock n’Roll est au coeur de l’activité culturelle de la ville, non loin de la Space Needle, http://www.mopop.org/

Space Needle tower

Mardi 24 septembre 2019 : L’état de Washington réserve de belles surprises pour cette ultime étape. Depuis la journée du 14/9, les 2 dernières étapes sont les plus longues, parce que les « must-see » intermédiaires sont parfois moins nombreux sur certains trajets. Helena / Spokane, 500 km ; Spokane / Seattle, 450 km sur une route exceptionnelle entre grandes plaines à blé (que l’on imaginait plus aisément dans le Midwest), superbes plateaux désertiques surplombant la rivière Columbia, forêts de pins de plus en denses à mesures que l’océan se rapproche, lacs…

Mercredi 25 septembre 2019 : L’étape ultime, le terminus… pas tout au fait au bord de la plage et du Pacifique, car le rivage est compliquée à Seattle… L’océan se fait désirer ; la ville est nichée au creux d’une baie (baie Elliot) accessible par le détroit de Puget et protégée par la péninsule de l’Olympic National Park. Seattle a une image de ville « branchée » et innovante : nouvelles technologies (Microsoft à son siège à Redmond), entreprises signe de consommation débridée (Amazon à son siège à Seattle entre la 6ème et la 8ème rue, Starbucks dont le premier établissement a vu le jour au Pike Place Market en 1971, Uber, Nordstrom...) et bien sûr, malgré ses déboires récents, l’aéronautique avec Boeing qui dispose de son propre aéroport au long de l’I 5 et de la plus grosse usine d’assemblage d’avions au monde à Everett. La signature de Seattle c’est sa géographie complexe faite d’îles et de presqu’îles… mais aussi sa scène musicale de laquelle ont émergé Jimi Hendrix, Pearl Jam et Nirvana avec son martyr de la cause grunge, Kurt Cobain. Le Mopop est là pour les rappeler à la mémoire des fans https://www.mopop.org/ Si le bâtiment imaginé par Frank Gerhy comme la déconstruction d’une guitare de J. Hendrix mérite une halte (elle est quasi obligatoire pour se rendre à ‘Space Needle‘), les expositions à l’intérieur laissent le spectateur sur sa faim pour le prix d’entrée exorbitant de 30 $/p. En fait, tout est cher à Seattle de la bouteille d’eau au litre de carburant (3.4 $ en comparaison de 2.7 le gallon partout ailleurs pour 87 octanes ?!) en passant par les chambres d’hôtel ou encore le ticket du monorail à 2.5 $ les 500 mètres ! On est tenté de croire que la gentrification produit des richesses, indéniables si l’on en juge par les maisons et flats entrevus sur la colline de Queen Anne et autour de Kerry Park, mais …. le nombre de ‘homeless’ autour de Pioneer Square est loin de donner le change. Deux mondes qui s’ignorent superbement ici comme ailleurs. ‘Space Needle’ charme néanmoins les passants de par son architecture légère (184 m de haut) digne d’un vaisseau interstellaire (inaugurée pour l’exposition universelle de 1962).

Our recommendations in Seattle for a short stay.
Seattle skyline.

Jeudi 26 septembre 2019 : Au terme de cette traversée (en d’autres temps, on aurait évoqué la ‘chevauchée infernale‘), le compteur marque 3739 miles, soit 6014 km. Le temps est venu de faire une pause et de relire quelques uns des romans d’Edward Abbey que nous avons emporté (voir article « Mon Amérique dans les livres »), mais n’avons pas eu le temps d’ouvrir trop accaparés par la découverte de ce grand pays.

Note : 5 sur 5.

Retour à NYC … pour de nouvelles aventures, cette fois par la voie des airs…

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